Comme chaque été, «le Parisien» s’en va humer la campagne, raconter la France estivale, loin des métropoles et des autoroutes des vacances. Fêtes de village, bijoux discrets du patrimoine, musées insolites, artisans de talents… Notre camping-car emprunte les chemins de traverse pendant un mois et demi à la rencontre des terroirs, avec à son bord deux journalistes à l’affût.  

Le bonheur est dans la figue

KM 4230. Francis Honoré se surnomme lui-même « le fada de la figue », pour une raison simple, en plus de les cultiver il passe toutes ses vacances en famille à la découverte de cet arbre.

« Vous vous rendez compte que même dans le désert namibien, un figuier arrive à pousser ! Que même à Quito (NDLR : Equateur) à 2 800 m d’altitude, il y a des figuiers ? »

Graveson, vendredi. « J’ai eu envie de ne pas faire comme tout le monde », confie Francis Honoré qui, au fil de ses voyages et rencontres, a réuni 150 variétés de figues.

C’est actuellement la saison des figues. Mais pour Francis Honoré, « fada » du fruit, c’est toute l’année qu’il faut le célébrer !
 

Pour ses fruits, il a fait le tour du monde

Partout, Francis et sa famille se sont trimballés en sac à dos, « à l’aventure ». « On discute au bord de la route, on va chez les gens. Il faut forcer les portes. Pas besoin d’être dans un quatre-étoiles pour faire des rencontres humaines, estime-t-il. Et, bien sûr, j’échange des plants ou je rencontre des pépiniéristes qui m’en donnent. »

De la figue, il aime les textures et les goûts si variés. « J’aime dire que je suis tombé dans le chaudron à confitures de ma mère, sourit ce fils d’horticulteurs. Mais j’ai aussi eu envie de ne pas faire comme tout le monde. Alors, j’ai acheté des vergers en sortant de l’armée à 21 ans. Et j’ai arraché les pommiers, les poiriers, les pêchers… Etre spécialisé permet d’être performant. »

 « Je suis le cobaye qui teste, s’amuse Francis en nous distribuant des recettes de pintade ou de cake à la figue. Quand on étale une cuillère de confiture sur sa tartine en plein hiver, vous entendez les cigales qui chantent. » Francis n’en démordra jamais : « Le bonheur est dans la figue. »

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A Gordes, Frère Jean-Marie a les deux pieds dans le XXIe siècle

Leur habit, une tunique blanche et un scapulaire noir retenu par une ceinture, n’a pas changé depuis huit siècles. Pourtant, les moines cisterciens de l’abbaye de Sénanque, à Gordes (Vaucluse), vivent pleinement dans le XXIe siècle. C’est par courriel que le frère Jean-Marie, à la tête de la communauté depuis vingt ans, a accepté de nous rencontrer.A ceux qui s’étonnent de voir les sept frères de cette communauté demeurer des décennies dans ces lieux selon des règles strictes et un emploi du temps répétitif, frère Jean-Marie répond du tac au tac.
 
« Nous avons des cellules mais nous ne sommes pas en prison, s’amuse-t-il. Les portes sont ouvertes. Je sais très bien me repérer dans un aéroport international, prendre un billet de train quand je vais dans un autre monastère, regarder les nouvelles sur Internet. »

Leur emploi du temps chargé, entre lectures, offices et travail — de 4 heures du matin à 20 heures —, ne leur laisse pas beaucoup de répit. Et ils n’ont pas la télévision. « Nous n’avons pas envie d’être pollués par des images glauques. Nous avons besoin d’une certaine pureté pour vivre notre spiritualité, explique-t-il, regrettant au passage le déficit de réflexion de la société. Ce n’est pas un rejet mais une prudence de bon sens. »

Même s’ils ne reçoivent directement que les retraitants, la présence de 80 000 visiteurs par an oblige les moines à être constamment en prise avec le monde. « Quand il y a un drame comme un attentat, dix minutes après, le téléphone sonne pour nous demander de prier. Les intentions de prière laissées à l’église, les confessions que nous recevons, les entretiens avec les retraitants nous informent de beaucoup de choses. On a des gens désespérés d’en être à leur quatrième mariage ! »

« Bercy ne nous voit pas du tout comme des gens du Moyen Age »

Frère Jean-Marie, qui gère une dizaine de salariés affectés à une grande boutique et à l’accueil des touristes, est pragmatique. « On fait du business, notamment en vendant notre miel ou notre lavande, assume-t-il. Je suis aussi gérant de la société, je connais bien le Code du travail. D’ailleurs, Bercy ne nous voit pas du tout comme des gens du Moyen Age et n’oublie pas de nous contrôler. »

Sur le chemin nous avons rencontré : L’ambassadeur des loups

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Pierre Peyret tient bon. Ce naturaliste, vice-président de Ferus, une association de défense des grands prédateurs, se fait la voix du loup dans le Vaucluse et partout où son discours peut porter. Le retour de ce canidé farouche il y a vingt-cinq ans a ravivé des craintes millénaires.

« Les gens ont peur de la nature, peur de ce qu’ils ne connaissent pas. On vit avec l’idée du risque zéro, regrette Pierre Peyret, de retour d’un mois et demi d’observation scientifique de la panthère des neiges au Kirghizistan. On met sur le dos du loup des tas de problèmes dont il n’est pas responsable. Oui, il chasse quelques brebis mais il n’attaque personne. Le réel problème des éleveurs, c’est la concurrence déloyale avec la Nouvelle-Zélande. »

Trois cent cinquante loups ont été recensés dans l’Hexagone, dont quatre dans le Vaucluse. Malgré sa protection par la convention de Berlin, des dérogations permettent d’en tuer une quarantaine par an. Ce qui révolte Pierre Peyret, fasciné par ce loup qui « une fois domestiqué a donné nos chiens et qui a un mode de vie familial très proche du nôtre ». « Pourquoi choisir dans la nature ce qui nous arrange ? Ce n’est pas un supermarché. On peut cohabiter avec le loup, notamment en faisant garder les troupeaux. Nous n’avons pas plus de droits qu’eux. »

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Patricia, châtelaine en Ardèche par accident

Elle rêvait d’un château, elle l’a eu. Depuis, cet ex-prof y consacre tout son temps et ses économies.

KM 4390 – Une volonté inébranlable 

Rien n’arrêtera Patricia Demangeon. Ni le froid ni l’absence d’eau courante, et moins encore les travaux gigantesques qu’elle doit réaliser pour avoir le château de ses rêves, celui de Hautsegur, à Meyras.

« J’ai eu du mal avec le marteau-piqueur. J’avais toutes les dents qui tremblaient, admet en riant cette ancienne prof d’anglais, qui a vendu sa maison et sa collection de timbres pour acheter ce château fort du XIIe siècle et le remettre en état. Alors, je suis passée au burineur pour aplanir les rochers de la salle d’honneur. »

Sous ses frêles épaules se cache une volonté inébranlable. « J’ai toujours voulu avoir un château, et celui-ci m’est tombé dessus », avoue cette quinquagénaire, ancienne hand-balleuse de haut niveau, qui nous a accueillis à côté de sa bétonneuse. Le camping-car a pris parfois des chemins périlleux pour atteindre l’allée bordée de châtaigniers qui mène à cette bâtisse carrée, ornée de quatre échauguettes, bénéficiant d’une vue sans égale sur les monts d’Ardèche. En 2010, l’ancien gardien du château, dont Patricia avait soigné l’animal, lui tend un papier avec le numéro d’une des trois propriétaires en lui disant qu’elle devrait acquérir ce lieu alors inhabitable. « J’ai appelé par politesse et j’ai accepté le prix que l’on me demandait : 50 000 €. C’est ce que j’avais sur mon PEL. Un signe, je suis sûr, insiste-t-elle, voyant dans beaucoup d’événements de sa vie une intervention de saint Jacques. Je savais que je m’engageais dans un panier de crabes, mais j’avais eu le coup de coeur. »

En six ans, on a refait le toit, les échauguettes, la salle de réception. C’est comme une mission. J’ai conscience que l’on ne possède rien. Ce château m’est confié et j’en prends soin. »

Pas question, par respect pour ces murs qu’elle aime tant qu’elle leur parle, de laisser traîner les travaux. Patricia patine, étale de la chaux, ponce tous les jours, du matin au soir, interrompue seulement par les visites qu’elle organise.

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Meyras (Ardèche). En 2010, Patricia Demangeon a cassé son PEL pour s’offrir le château de Hautsegur. Entre des travaux de rénovation qui lui prennent du temps, elle organise des visites chaque jour. (LP/ Yann Foreix)

 

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